Dix ans de sécurité de Nicolas Sarkozy

Publié le par Serge MERY

Des grandes tendances qui ne doivent pas grand chose à la politique menée depuis 2002 La baisse des vols de voitures et des cambriolages a joué un rôle majeur dans la réduction officielle de l’ensemble de la délinquance. Mais cette baisse avait commencé dans les années 1990, elle s’est juste accentuée dans les années 2000, et on ne voit pas très bien en quoi une politique particulière menée ces dix dernières années en serait responsable. D’autant que, les choses sont beaucoup moins claires pour les cambriolages qui semblent en recrudescence ces deux dernières années. En toute logique du reste, depuis 2002, face à une priorité nationale et à une demande sociale croissante, dotés dans un premier temps de moyens matériels et juridiques supplémentaires, les gendarmes et les policiers auraient dû courir davantage après tous ces voleurs qui sont au cœur de la « délinquance de voie publique » qui empoisonne parfois notre vie quotidienne. Mais il faut toujours rappeler que les statistiques comptent les procès-verbaux et non les délinquants. Dès lors, intensifier les procédures aurait fait augmenter les statistiques, ce qu’il ne fallait surtout pas. Cette contradiction laisse songeur qui veut bien y réfléchir sérieusement.

.Par ailleurs, le trafic de drogues s’est encore plus banalisé dans les cités, en liaison directe avec la misère qui est le terreau sans lequel il ne pousserait pas. Mais le pouvoir politique préfère afficher une statistique officielle de baisse des destructions-dégradations, plutôt que s’interroger sur les conséquences de la généralisation de cette économie souterraine de survie. Officiellement les drogues n’existent pas, elles sont interdites. Dans la vie réelle, elles sont consommées de plus en plus et on en trouve partout. Cherchez l’erreur... On l’a déjà expliqué, la prohibition est une politique de l’autruche. Et comme il ne s’agit pas non plus de laisser faire n’importe quoi, il faut emprunter la troisième voie : la règlementation.La France sera bientôt l’un des derniers pays européens à faire semblant de ne pas le comprendre.

 

Le véritable impact de la politique menée depuis 2002 se situe ailleurs

1- Entre 2002 et 2010, le niveau de répression a très fortement augmenté en matière d’usage de stupéfiants (+ 75 %) et de police des étrangers (+ 50 %). Dans ce dernier cas, il s’agissait de répondre aussi aux objectifs fixés par le pouvoir politique en termes d’expulsions de sans-papiers. Mais si ces infractions ont explosé dans la statistique de police, c’est sans doute d’abord pour une raison pratique : ces infractions sont par excellence celles qui permettent de produire de « bons chiffres ». Elles permettent en effet d’augmenter le taux d’élucidation : ce sont des affaires élucidées à 100 %. Les policiers et les gendarmes ont renforcé les contrôles sur leurs « clientèles » habituelles, ils ont fait du chiffre, de la quantité. Bien obligés. Mais parce qu’ils ont verbalisé davantage de consommateurs de drogues et davantage de sans- papiers, les policiers et les gendarmes ont-ils démantelé davantage de réseaux de trafiquants de drogues et de réseaux de travailleurs clandestins ? La réponse est négative. En 2010, les statistiques de police ont enregistré moins de 6 000 procédures pour trafic de drogues, soit deux fois moins qu’en 1998. C’est donc bien sur la piétaille que l’on s’est concentré et non sur les grands bandits.

2- Cette pression mise sur les forces de l’ordre et, concomitamment sur la justice, a provoqué une explosion du nombre de personnes placées en garde à vue, poursuivies et sanctionnées. La plus forte hausse aura été celle des gardes à vue : de 336 718 en 2001 à 580 108 en 2009 (soit une augmentation de 72 %), avant de baisser un peu du fait de la polémique déclenchée en 2010 et qui a conduit à la réforme organisée par la loi d’avril 2011, approuvée par le Conseil constitutionnel en novembre. En bout de chaîne, la population carcérale a également fortement augmenté entre 2002 et 2011. Les rues sont-elles pour autant beaucoup plus sûres aujourd’hui ? Cela est douteux.

 

3- Il apparaît que le type de délinquance qui a le plus évolué au cours des années 2000 est en réalité la délinquance routière. Incontestablement le rythme de réduction du nombre de morts et de blessés graves sur les routes s’est accéléré (le mouvement de baisse avait commencé au milieu des années 1970, en liaison avec l’obligation de port de la ceinture de sécurité), mais à un coût social très élevé. En moins de dix ans, le nombre d'infractions a doublé, la France s’est couverte de radars et le niveau de la répression a changé de braquet. De 2002 à 2009, les infractions au code de la route sanctionnées sont passées grosso modo de 13 à 21 millions (+ 60 %). Celles entraînant un retrait de points sont passées de 1,2 millions en 2002 à près de 6 millions en 2009 (+ 390 %). Plus des deux tiers de ces infractions ayant entraîné des retraits de points sont en réalité des excès de vitesse de moins de 20 km/h, dont les auteurs appartiennent aux deux sexes et sont de tous les âges. Les infractions constatées les plus graves (les délits) sont passées de quelques 257 000 en 2002 à près de 562 000 en 2009 (+ 120 %). Ce contentieux représente désormais plus d'un tiers de l'activité des tribunaux correctionnels (35 % des délits sanctionnés en 2010), ce qui en fait le type de délinquance le plus condamné par la justice.

 

La « guerre à la délinquance » n’a pas eu de vainqueur. En définitive, l’exceptionnelle « guerre à la délinquance » décrétée en 2002 a donc donné des résultats objectivement très décevants. Au bout de dix ans, force est de constater que le conflit n’a pas eu de vainqueur et qu’aucun armistice n’a été signé non plus. Les grands discours ne semblent avoir eu que de petits effets. Si les conducteurs sont beaucoup plus surveillés et sanctionnés et si les petits délinquants (« shiteux », sans-papiers, alcooliques, voleurs et bagarreurs à la petite semaine) qui constituent le gros des clients habituels des policiers et des gendarmes sont davantage réprimés, aucun des grands problèmes de délinquance n’a connu d’évolution radicale ou même très significative. Plus que jamais, la police et la gendarmerie servent avant tout les priorités d’ordre public de l’Etat et non la demande de sécurité des citoyens. Par ailleurs, les délinquances « en cols blancs » semblent quant à elles de moins en moins sanctionnées. Plus que jamais la justice s’abat sur les plus faibles.

(éléments tirés du journal Le Monde)

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